
L’artiste joue un rôle essentiel dans la société
Il y a beaucoup à dire à ce propos, mais nous pouvons évoquer simplement que dans sa pratique, il s’appuie à la fois sur une technique et, en principe, sur l’inspiration qu’il reçoit.
Ce qui caractérise l’artiste est qu’il cherche à mener ce qu’il produit vers la perfection ; la quête de qualité est donc son moteur. Cette dimension fait partie de l’humain, l’artiste lui montre que c’est possible.
L’artiste peut être témoin, messager, visionnaire, voire prophète (on retrouve cet idéal élevé de l’artiste dans « Les fonctions du poète » de Victor Hugo). En effet, l’artiste a en principe, à différents niveaux, un idéal qu’il veut partager, parfois en observant et/ou dénonçant des travers de ses contemporains. Ce qu’il dénonce ou partage dépasse souvent son époque.
La forme artistique, parce qu’elle est porteuse de beauté, de maîtrise, peut toucher bien davantage qu’un texte plus neutre comme un discours, compte-rendu, etc. même si on ne sait pas expliquer pourquoi (Voltaire décrivant dans un poème ses ressentis face aux conséquences d’un tremblement de terre à Lisbonne : « Le désastre de Lisbonne »).
Ces quelques arguments rappellent que l’art et l’artiste sont essentiels, redisons-le en la période actuelle où on veut sacrifier cette partie de l’humanité (théâtres, galeries d’art et musées, librairies et centres culturels indépendants, spectacles et concerts publics, restaurants et convivialité, etc.).
(Image : un tableau très diffusé de Caspar-David Friedrich, « Voyageur au-dessus de la mer des nuages, Hamburg, Kunsthalle, 1818 mouvement romantique)

Pour illustrer cela, nous développerons une chronique dont voici l’introduction
* En cette période où les mouvements de l’économie moderne semblent incompréhensibles et prennent un empire envahissant sur l’art et nos modes de vie, sur l’humain lui-même, nous retrouvons en certaines œuvres des clés, des descriptions et témoignages de l’origine de ces mouvements notamment depuis les XVIIIème, XIXème siècles. Ces œuvres nous font toucher l’histoire de l’humanité moderne à travers le regard et le témoignage de leurs auteurs.
Par exemple, Émile Zola par « Au Bonheur des Dames », nous décrit les mécanismes naissants d’atteinte aux petits commerçants par les grands magasins, ce qui est encore très actuel (et que les propriétaires de grands magasins disent maintenant subir des Gafam et plateformes !).
Baudelaire, Dostoïevski, Apollinaire, Orwell, Ionesco, Varèse, et d’autres créateurs, ainsi que plus récemment des cinéastes, éclairent pour nous, par leurs témoignages traduits avec art, les ressorts des 150/200 dernières années, la place grandissante prise par « l’économie de marché », son état d’esprit : tout est marché, tout est à vendre, et sa justification majeure « le progrès », progrès qui peut s’opposer au vrai bien-être humain puisqu’il n’a pas choisi ce « paramètre » pour base.
Ces œuvres, bien souvent, ont un aspect visionnaire, prophétique, ou d’avertissement car elles précèdent parfois les analyses et textes théoriques et sont même plus connues que les analyses et textes théoriques. Par exemple, « Au Bonheur des Dames » décrit des mécanismes dont l’analyse et la théorisation ne seront présentées qu’à partir des années 30 du XXème siècle (« Propaganda » de E. Bernays et « La Destruction créatrice » de Schumpeter un peu plus tard).
* D’un autre point de vue, des artistes tels que Franz Liszt (La Vallée d’Obermann), Beethoven La Neuvième Symphonie, Novalis, Victor Hugo (poèmes et autres textes de ces deux auteurs) et d’autres artistes encore montrent la grandeur de l’humain, de sa destinée et de ses idéaux qui résonnent en nous, et réveillent le plus grand en soi, « le plus grand que soi ».
* Par contre, les travers, les errances des chemins de l’art depuis l’après-guerre montrent les crises, les impasses du monde et de l’humain. On peut les voir comme des témoignages de la perte de considération vis-à-vis de l’humain (Ionesco, Rhinocéros) , l’envahissement de la mécanisation…
* Aujourd’hui de nouvelles questions se posent d’une part du fait de l’histoire récente des arts, d’autre part à la suite de la remise en cause de l’existence même de cet aspect de la vie humaine. Ceci peut être facteur d’espérance et de total renouvellement de notre regard porté sur l’art.
Comment redécouvrir les vraies fonctions de l’artiste, des différentes formes d’art ?
Et comment leur associer le nouvel état d’esprit se tournant vers l’entraide, la collaboration, la redécouverte des valeurs humaines ?…